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Fonds Beaver Club (P305)

Extrait du registre des procès-verbaux du Beaver Club (détail), 14 novembre 1814. Don de David Ross McCord, Fonds Beaver Club P305, M14449 © Musée McCord

Péril et résilience

« Ô vous qui, du Canada, courez l'étendue,
Quel plaisir de vous retrouver une fois de plus!
Pour se conter les sueurs et périls passés;
Périls et sueurs condamnés à perdurer.
Parce que sous peu l'ennemi pris d'une rage
Vile et insidieuse reviendra à la charge;
Relancera le pillage ou les incendies,
Selon ce qu'inspire l'avarice ou l'envie.
Donner généreusement est notre mission,
Pour que Beaver Lodge reçoive protection; [...] »


Le 14 novembre 1814, John Johnston (1762-1828) livre aux autres membres du Beaver Club une adresse où la tension créée par le conflit secouant l'industrie de la traite des fourrures et par la guerre avec les États-Unis est palpable. Onze mois plus tôt, le gouverneur de la colonie de la Rivière-Rouge, Miles Macdonell (vers 1767-1828), a interdit l'exportation de provisions de son territoire, coupant de ce fait une source cruciale pour le ravitaillement du réseau de traite de la Compagnie du Nord-Ouest (CNO). La colonie a été mise sur pied grâce au soutien de leur principale rivale, la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH), qui redouble d'efforts pour s'accaparer le marché depuis plusieurs années déjà. La plupart des marchands présents sont des membres de la CNO. Ils ont beaucoup investi dans ce commerce, autant sur le plan financier que personnel. À ces facteurs s'ajoute l'instabilité suscitée par le conflit anglo-américain, qui dure depuis 1812 et touche directement la compagnie. Devant la menace, Johnston, commerçant de fourrures féru de poésie, cherche à rallier ses pairs à l'aide de ses vers.

Son adresse constitue un rare témoignage de la teneur précise des réunions du Beaver Club. À l'instar de ce que l'on dit des soirées bien arrosées du club, elle est flamboyante et imagée. Les bourgeois y sont représentés par la figure de l'explorateur infatigable, de l'ingénieux voyageur qui se dresse face aux forces d'un ennemi avare, envieux et plein de rage. Dans les faits, le conflit économique et légal qui oppose la CNO à la CBH annonce l'emprise faiblissante de la première sur le marché des fourrures. Les deux entreprises fusionnent en 1821 et le Beaver Club, après une tentative infructueuse de reconstitution en 1827, cesse ses activités sans l'énergie qui l'a caractérisé.

Sources
David A. Armour, « Johnston, John », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003.
John E. Foster, « La Proclamation sur le pemmican », dans L'Encyclopédie canadienne, 24 juillet 2015.


P305 Fonds Beaver Club. - 26 janvier 1807-5 mars 1827. - 6 cm de documents textuels.

Histoire administrative

Fondé en février 1785 à Montréal par dix-neuf riches commerçants, le Beaver Club est un club social réservé aux marchands de fourrures ayant travaillé au moins un hiver en territoire autochtone. Ses devises sont « La fortitude dans le péril » et « Industrie et Persévérance », locutions reprises sur les médailles que portent les membres du club. Son but avoué est d'abord de rassembler des hommes « hautement respectable en société » de l'élite commerciale et coloniale dans une atmosphère conviviale pour échanger sur leurs expériences. Le club permet aussi aux marchands aisés qui abandonnent la vie de voyageur d'être introduits dans les cercles bourgeois de Montréal.

Réservé à l'origine aux hivernants, le club adopte éventuellement des règles d'admission plus souples qui stipulent que la candidature d'un nouveau membre doit être décidée à l'unanimité. Au fil de son existence, le Beaver Club accueille parmi ses membres plus d'une centaine de personnalités marquantes de Montréal, dont Simon McTavish, William McGillivray et James McGill. Il est longtemps composé d'associés ou de proches collaborateurs de la Compagnie du Nord-Ouest (CNO). Il inclut aussi une dizaine de membres honoraires, pour la plupart des militaires et des capitaines de navires. Chaque membre peut convier quelques invités aux assemblées, mais le club demeure réservé aux hommes et les convives habituels comprennent généralement des officiers, des administrateurs et des notables influents, tels que Isaac Brock et Gordon Drummond.

Les réunions du groupe prennent la forme de repas copieusement arrosés d'alcool, au cours desquels les membres fument, prononcent des toasts, entonnent ensemble des chansons de voyageurs, votent sur l'inclusion de nouveaux membres et sur les règles du club, se racontent de nombreuses anecdotes et parlent affaires. En général, ces soirées ont lieu toutes les deux semaines, de décembre à avril, sauf à de rares exceptions. À partir de 1804, année marquée par la mort de Simon McTavish et par une réorganisation de la CNO, les activités du club sont interrompues pendant près de trois ans. Elles reprennent le 26 janvier 1807 et continuent de façon régulière au moins jusqu'au 21 janvier 1817. La fusion de la CNO à la Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH) en 1821 a vraisemblablement scellé le sort du club. Sa dernière réunion connue a lieu le 5 mars 1827, après une tentative de reconstitution qui n'a duré que trois mois.

Portée et contenu

Le fonds porte sur les activités du Beaver Club de Montréal entre le 26 janvier 1807 et le 5 mars 1827. Il est principalement constitué d'un registre des procès-verbaux qui témoigne de la composition du club, ainsi que de la présence et de l'absence de ses membres à ses réunions. Il fait état des finances du club, détaillant les coûts associés à la nourriture, à l'alcool et au tabac consommés lors de ces rencontres. On peut y retracer certains des lieux utilisés par le club : la City Tavern (en 1807), le Montreal Hotel (entre 1807 et 1817) et le Masonic Hall (en 1827). De plus, le registre comprend les règles du club, les décisions prises lors d'un débat autour de l'adoption du nom « The Voyageurs Club » en janvier 1807 et le texte d'une adresse de John Johnston datant du 14 novembre 1814. Il fait état d'un arrêt des activités du club entre septembre 1804 et le 26 janvier 1807, ainsi que d'une tentative infructueuse de reconstitution en 1827, à la suite d'une dissolution ayant eu lieu après janvier 1817. Le fonds inclut également deux transcriptions manuscrites du registre, dont une fortement annotée de la main de David Ross McCord. Le fonds comprend aussi un livret imprimé en 1819 intitulé « Rules and Regulations of the Beaver Club ». Ce document destiné aux membres du club comporte ses règles, une description sommaire de ses buts et du déroulement de ses réunions, ainsi qu'une liste de ses effectifs. Le fonds inclut également une transcription manuscrite de ce livret.

Source du titre propre : Basé sur le contenu du fonds.

Source immédiate d'acquisition : Les documents qui constituent cet ensemble ont été rassemblés par David Ross McCord.

Classement : Des documents datant d'avant la formation du Beaver Club et n'ayant pas été produits ou reçus par ses membres ont été retirés du fonds en 2019 et placés dans la collection Canadiana (C002).

Langue des documents : Les documents sont en anglais.

Autres formats : Le registre des procès-verbaux est aussi disponible en format PDF. Il a été numérisé en 2019. Quant au livret des règles, sa numérisation est disponible en ligne dans la collection Canadiana du Réseau canadien de documentation pour la recherche (RCDR): http://www.canadiana.ca/view/oocihm.55316

Groupes de documents reliés : Le Musée McCord conserve plusieurs groupes de documents liés au Beaver Club et à ses membres, ainsi qu'à la traite des fourrures : Collection Compagnie du Nord-Ouest (C104), Collection Compagnie de la Baie d'Hudson (C099), Fonds David Thompson (P306), Fonds Simon McTavish (P102), Fonds Famille McGillivray (P100), Fonds John MacDonald of Garth (P655), Fonds Maurice-Régis Blondeau (P098), Collection De Rocheblave, Bouthillier, Routh (C019) et Fonds William McKay (P178).

Note générale : Les collections Photographie et Art documentaire du Musée McCord rassemblent plusieurs archives iconographiques liées aux membres du Beaver Club. La collection Culture matérielle contient les médailles de Nicholas Montour, de James McGill et de Duncan McGillivray.


Ce fonds comprend le document suivant :

  • M14449 Registre des procès-verbaux du Beaver Club. - 1807-1827. - 1 document textuel ; 33 x 20 cm.
  • Document numérisé : Partie 1 - Partie 2 - Partie 3


Médaille du Beaver Club, vers 1785. Achat de M. McGillivray Dawkins, M20987 © Musée McCord

Dernière mise à jour : 9 avril 2020